Cliché (extrait)

Cliché est un court métrage (thriller/horreur) se déroulant dans les années 60. Roland, photographe de presse, remarque le même homme qui semble le fixer sur des clichés provenant de scènes de crime différentes. Un nouveau meurtre a eu lieu, il est rentré développer ses photos en compagnie de Patricia, qui écrit l’article.

INT. APPARTEMENT ROLAND – LABORATOIRE – NUIT

ROLAND termine de développer un dernier cliché. Il l’étend au fil, souffle. Il allume la lumière « normale » et coupe l’inactinique. Il quitte la pièce.

INT. APPARTEMENT ROLAND – COULOIR + SALON – NUIT
EXT. RUE DE L’APPARTEMENT – NUIT

ROLAND revient dans le salon. Il n’y a plus personne. Patricia a disparu, tout comme sa machine à écrire et le reste de ses affaires. Restent sur la table basse la tasse de café et le cliché. ROLAND peste, se rend à la fenêtre. Il voit la voiture de Patricia démarrer et s’éloigner lentement. Il quitte la fenêtre.

ROLAND
Quelle garce…

Alors qu’il s’éloigne de la fenêtre, on voit que la voiture ne fait qu’une dizaine de mètres avant de s’arrêter. Et de s’éteindre.

ROLAND revient dans le salon depuis le laboratoire, avec ses photos dans les mains. Il s’assied et entreprend de les regarder. Il a l’air d’en chercher une en particulier.

ROLAND
T’es où, enfoiré…

Il finit par en tirer deux du lot. Il les regarde et grogne. Sur aucune des deux, on ne voit l’homme étrange. Comme s’il n’avait jamais été là.

ROLAND
Mais qu’est-ce que ça veut dire…

Il reste assis, sans bouger, les yeux dans le vague, pendant un instant. Puis il se lève et saisit le téléphone. Il compose un numéro. Alors qu’il fait le numéro et parle, on voit une photo sur la table basse. Une photo du bâtiment au pied duquel se trouvait le cadavre. A une fenêtre, une tête, parfaitement nette : l’homme étrange.

ROLAND
Allo, Roger ? C’est Roland. Dis-moi, des photos de la scène de crime du meurtre de ce soir, ça vous intéresse ? J’en ai du corps avant qu’ils l’emmènent… Super ! Oui, je sais, je sais ! Je fais au plus vite ! A tout de suite !

ROLAND raccroche, rassemble ses photos, les glisse dans un sac et quitte l’appartement.

INT. LOCAUX DU JOURNAL – NUIT

ROLAND est à un comptoir, face à ROGER (50-55) qui vérifie le contenu d’une liasse de billets.

ROLAND
Il m’en prend que trois.

ROGER
Que trois ? Pour un petit encadré ? Tu devrais plutôt t’estimer heureux, selon moi.

ROLAND
T’as sûrement raison. En tout cas ça me paie le loyer pour quelques jours.

ROGER lui tend la liasse, qu’il prend.

ROLAND (CONT’D)
Merci bien. Au fait, tu as vu Patricia ? Elle m’a planté comme un con tout à l’heure, elle a du vouloir se venger de l’autre jour…

ROGER
Pas vu, non.

ROLAND
Ah ? Bizarre…

ROGER
Elle aura trouvé plus offrant, va. Te bile pas pour elle, c’est une sacrée celle-là.

ROLAND
A qui le dis-tu…

 INT. APPARTEMENT ROLAND – COULOIR + SALON – NUIT

ROLAND entre dans l’appartement, pose son sac sur la table basse. Il attrape un verre et se sert un whisky, le pose sur la table. Il enlève sa chemise, avale son verre cul-sec et s’allonge sur son canapé, l’air satisfait.

 INT. APPARTEMENT ROLAND – LABORATOIRE – NUIT

La lumière inactinique n’est pas rouge, mais verte. ROLAND sort un cliché du bac de révélateur, le met quelques secondes dans le bac d’eau en l’agitant doucement, puis le dépose dans le bac de fixateur. Il attend un instant. Son reflet, à la surface du liquide, se change en quelques secondes. Il voit maintenant le visage de l’homme étrange. Pris de panique, il jette le bac qui se renverse. Il regarde le bac, au sol, quand il entend un bruit d’obturateur. Il se retourne : l’HOMME ETRANGE le prend en photo avec son appareil.

ROLAND se détourne et part dans la direction opposée mais se prend la tête dans un cliché suspendu au fil. Il fait un pas en arrière, détache la photo et la regarde : c’est celle que l’homme vient de prendre. Roland y est flou. ROLAND se retourne lentement. Il n’y a plus personne d’autre dans la pièce. ROLAND soupire, se gratte la tête, puis revient à la photo. Il y est toujours flou, mais derrière lui, net, se trouve l’homme étrange qui fixe à nouveau l’objectif.